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Gräfe, un savoir-faire familial

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L’entreprise familiale Gräfe, installée à Châtelet, s’est forgée, depuis près de 60 ans, une réputation quasi inégalée dans le secteur du tournage et du fraisage de pièces à destination des industries spatiale et aéronautique. Des artisans passionnés plongés dans le monde de la technologie de pointe où la précision et la fiabilité sont au cœur de toutes les attentions.

L’histoire de l’entreprise Gräfe se mêle à celle tourmentée du continent européen lors du siècle passé. Né en Allemagne en 1924, le jeune Rudolf GRÄFE acquiert ses compétences professionnelles aux cotés de Carl ZEISS à Iéna. L’entreprise Zeiss est déjà, à cette époque, une référence mondiale dans l’optique et la mécanique de précision. Mais le tourbillon de la Deuxième Guerre mondiale emporte Rudolf GRÄFE qui se retrouve prisonnier de guerre en Belgique. A la fin du conflit, l’Allemagne est partagée entre les pays vainqueurs du conflit et Iéna (Jena) se retrouve à l’Est, sous contrôle soviétique. A sa libération, Rudolf GRÄFE décide alors de rester en Belgique. Il y fondera une famille et… son entreprise.
Grâfe, un savoir-faire famillialEt, en 1961, lorsqu’il décide de se lancer seul, Rudolf GRÄFE part de rien. “Nos parents, explique Paul GRÄFE, l’un des deux fils du fondateur, vivaient dans un deux-pièces. Un jour mon père est parti pour acheter un poêle au charbon et il revenu sans poêle mais avec une machine à tourner! Et il a commencé comme ça, très modestement”. Petit à petit, l’activité a augmenté, les machines se sont accumulées, l’entreprise a déménagé à plusieurs reprises et se retrouve, aujourd’hui, à Châtelet. Trois décennies après sa création, les deux fils de Rudolf GRÄFE ont pris, en 1991, sa succession. Ils se sont alors retrouvés à la tête d’une PME d’une dizaine de personnes qui, en 30 ans, était parvenue à se constituer une réputation aussi solide que les pièces qui sortent de ses ateliers.

Et, parmi les clients historiques de l’entreprise, on ne retrouve que des grands noms de l’industrie spatiale et aéronautique: Sabca, Thalès, Alstom, Dassault, etc. Des éléments des fusées Ariane, de nombreux avions de chasse, d’hélicoptères ou encore d’avions d’affaire comme les Falcon sortent donc des ateliers de l’entreprise à Châtelet. Un secteur où la qualité et la précision sont deux critères incontournables. “Nous sommes reconnus pour notre travail depuis longtemps”, expliquent les deux frères. “Dans un secteur comme le nôtre, les clients sont particulièrement exigeants et ils n’ont pas droit à l’erreur. Et donc, nous non plus!”
Et le cœur du métier de Gräfe c’est justement la précision. “Nous sommes spécialisés dans l’usinage de pièces de précision. Quelle que soit la complexité du modèle, nous pouvons le réaliser. Notre seule limite c’est la capacité de nos machines. Et notre échelle de précision se mesure au-delà de ce que l’œil est capable de percevoir”. Un travail que l’entreprise effectue en petite ou moyenne série. “Notre métier ce n’est

pas la production à la chaîne, nous produisons des éléments uniques ou des petites séries. C’est le cas pour les fusées, par exemple, ou pour les jets privés qui ne sont produits qu’à quelques dizaines ou centaines d’exemplaires”. L’entreprise a ainsi fourni des éléments de tableau de bord pour les Alpha Jet, les avions utilisés pour la formation des pilotes de chasse belges et français. Les Falcon du Français Dassault comportent également des éléments usinés à Châtelet.

GräfeSi au sein des ateliers le travail ne manque pas, depuis que Philippe et Paul sont à la tête de l’entreprise, l’environnement a, lui, bien changé. “Les relations avec les clients ne sont plus les mêmes. Les acheteurs changent souvent, la confiance n’a plus le temps de s’installer. Seuls les chiffres comptent”, regrettent les deux frères. “Nous parvenons à rester concurrentiels grâce à nos spécificités et à notre réactivité mais nous voyons des contrats partir notamment en Inde”.

Autre écueil que la PME peine à franchir, c’est celle du recrutement. Selon les deux patrons, les élèves qui sortent des écoles techniques ne sont pas suffisamment formés. Ou leur formation ne correspond pas aux besoins de l’entreprise. “Toutes nos machines sont aujourd’hui commandées électroniquement. L’informatisation et la digitalisation sont partout et pourtant certains élèves durant leur formation n’auront jamais appris à utiliser des machines gérées électroniquement. C’est quand ils arrivent chez nous que nous devons les former”, déplore Philippe GRÄFE. Du moins, si les candidats osent franchir la porte de l’entreprise, victime, comme tant d’autres de la mauvaise image de l’industrie mécanique. “Certains pensent encore qu’ils vont travailler dans un environnement sale, qu’ils vont rentrer chez eux remplis d’huile ou de graisse. Mais c’est fini tout ça!” Et, effectivement, leurs ateliers sont plus proches d’un laboratoire pharmaceutique que d’une usine.
Si les difficultés sont nombreuses, l’entreprise se porte bien. Et le duo fraternel, après près de 30 ans à la tête de l’entreprise, presque autant que leur père, ne manque pas d’idées et de dynamisme pour assurer l’avenir de leur PME. Avec un maître-mot: la diversification. “Nous cherchons sans cesse de nouveaux débouchés, de nouveaux secteurs afin de ne pas être dépendants de nos grands donneurs d’ordre”, insiste Paul GRÄFE. Et les projets ne manquent pas. L’entreprise s’est ainsi associée au créateur d’une montre belge dont le boîtier est usiné à Châtelet. Du spatial à l’horlogerie, toujours la même précision.

Aurélien LAURENT

 

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