star-up

Start-up, spin-out, spin-off, scale-up, quelques termes anglophones pour définir une même réalité de structures économiques émergentes. Dans un contexte où l’emploi est, depuis des lustres, la préoccupation essentielle de notre société, il est assez logique que les efforts, tant des pouvoirs publics que de certains organismes privés, soient orientés vers l’accompagnement et le soutien aux créateurs d’entreprises. Ce dossier aborde donc les nouvelles initiatives qui deviendront peut-être un jour les grosses structures procurant l’emploi dont nous avons tant besoin.

I.Quelques notions

Start-up


Le « Shift », une entreprise basée à Rennes, en France, et  qui a pour mission d’accompagner les entrepreneurs dans la structuration et le développement de leur business, nous fournit, sur son site (http://le-shift.co), plusieurs éléments permettant de clarifier la définition d’une start-up. Les auteurs se basent sur l’explication du terme donnée par l’un des pères fondateurs de la Silicon Valley, Steve BLANK.

« A start-up is a temporary organization designed to search for a repeatable and scalable business model ». La signification, en français est la suivante: une start-up est une organisation temporaire, à la recherche d’un Business Model industrialisable et permettant une croissance exponentielle.

Voici les principales caractéristiques, généralement admises, d’une start-up:

Spin-off et spin-out


Le « spin-off » est une expression financière d’origine anglo-saxonne désignant une stratégie de valorisation des actifs d’une entreprise. Le spin-off consiste à créer une nouvelle société totalement indépendante à partir d’une branche d’activité existant préalablement au sein d’un groupe. L’intérêt du spin-off est de mettre en lumière la bonne santé financière de certaines sociétés qui auraient pu être éclipsées en tant que branche d’activité d’un groupe moribond. Le spin-off prend donc forme par scission des activités. Cela permet d’offrir aux investisseurs une plus grande lisibilité des comptes.

Une entreprise spin-off est une nouvelle société créée à partir d’un centre de recherche universitaire et dont l’objectif est de valoriser commercialement un résultat de recherche. Pour ce faire, la société spin-off est en principe liée à l’université par le biais d’un contrat de licence qui établit les conditions du transfert de la technologie du laboratoire vers la société. Les sociétés spin-out, quant à elles, sont aux entreprises ce que les spin-off sont aux universités. Certaines entreprises créent de nouvelles sociétés, au départ de résultats obtenus en R&D interne.

Scale-up


La scale-up, ce n’est plus vraiment une start-up car plus mature, ni tout à fait une société pleinement établie, puisque toujours en pleine croissance. C’est une société innovante, comptant 10 employés au minimum, avec un taux de croissance d’au moins 20 % sur les 3 dernières années.

Le terme scale-up correspond à une phase dans la vie d’une entreprise, quand elle s’agrandit, qu’elle « change d’échelle ». C’est le moment où la start-up –ou dans certains cas la PME– a trouvé un modèle d’affaires qui fonctionne et doit monter en gamme afin d’être capable de produire à plus large échelle son service ou son produit.

II. Digital Wallonia

Digital Wallonia, la plateforme numérique de la Wallonie  a publié, à la mi-octobre 2017, un premier baromètre des start-up (*). Ce baromètre se base sur une étude réalisée au premier semestre 2017 par l’Agence du numérique et Startups.be. Son objectif principal est de dresser un portrait global de l’écosystème des start-up wallonnes du secteur du numérique, de leur parcours, de leurs caractéristiques et de leurs fondateurs. Voici un résumé de l’étude.

La Wallonie compte plus de 300 start-up actives dans le numérique. 65 % de celles-ci sont actives dans le BtoB, c’est- à-dire qu’elles proposent des produits ou services à d’autres entreprises et non à des clients particuliers (BtoC).

Les start-up du numérique se trouvent essentiellement dans le Brabant wallon (45 %), dans la province de Liège (30 %), puis dans le Hainaut (20 %).

Les activités


L’e-santé et le commerce/distribution sont les secteurs d’activité les plus populaires, suivis par la FinTech et le gaming. Enfin, de nombreuses start-up wallonnes offrent des solutions destinées aux départements marketing et des ressources humaines. On notera que le Hainaut se distingue par les activités dans les secteurs de l’e-santé et des biotechnologies.

Le profil type


Le « profil type » du fondateur de start-up numérique en Wal lonie:

L’emploi


 

D’après les données collectées auprès des créateurs de start-up, on peut estimer qu’elles fournissent un emploi à environ 3 000 personnes. Les start-up emploient entre 3 et 4 collaborateurs. 41 % d’entre elles ont été créées par 2 fondateurs, souvent issus de parcours universitaire, dans l’ingénierie, l’informatique ou la gestion.

L’accompagnement et le financement


Par définition, les start-up ont besoin de soutien, à un moment ou à un autre de leur développement. Nous mettons l’accent, dans les lignes qui suivent, sur 2 structures d’aides importantes en Hainaut, Digital Attraxion et La Maison de l’Entreprise.

III. Digital Attraxion

Lancé en novembre 2016, Digital Attraxion est un accélérateur de start-up qui a, pour vision, de promouvoir le développement d’écosystèmes numériques, notamment en favorisant l’émergence de sociétés de la nouvelle économie. Sa mission est l’accompagnement intensif et concret de projets innovants et, en particulier, à connotation numérique, afin de les soutenir vers leur première levée de fonds. Cet accompagnement peut être complété par un financement d’amorçage.

Digital Attraxion est un partenariat de 3 invests du Hainaut, d’opérateurs d’animation économique et d’opérateurs spécialisés dans le numérique. Le fonds W.IN.G de la Région wallonne est également partie prenante de Digital Attraxion.

« Digital Attraxion se présente comme un accélérateur / financeur de projets, nous dit Patrice THIRY, Directeur de LME. Nous avons donc été tentés de faire partie de l’aven- ture car nous avons l’expérience de l’accompagnement mais pas les finances, à l’inverse des invests. Donc, concrètement, LME va pouvoir puiser dans son réservoir clients et amener ensuite les projets éligibles à être financés« .

 

Serge DEMOULIN, Analyste financier de l’Invest Mons Borinage Centre, poursuit. « Comme nous nous adressons à des porteurs de projets qui sont au début de leur réflexion, nous avons pour objectif de pouvoir combiner un apport de fonds et un apport de compétences, nécessaires pour accompagner les projets sélectionnés jusqu’à leur maturation. Les objets de financement sont doubles. Permettre, tout d’abord, au porteur de réaliser des études ou d’obtenir des conseils divers. Lui accorder ensuite la possibilité de financer son prototype avec, pour objectif, par périodes de 3 mois et en 1an maximum, d’atteindre les premiers clients. Notre mode de fonctionnement se veut souple et rapide. Les porteurs  de projet ont un contact régulier avec la structure, sont suivis par un coach attitré, lui-même supervisé par un directeur. Les contacts sont réguliers et, tous les partenaires et donc, les compétences, sont inclus à tous les stades de la réflexion. Nos services évoluent au fur et à mesure des besoins de l’entrepreneur en herbe« .

Patrice THIRY estime que le démarrage de Digital Attraxion est positif. « J’estime que son démarrage est très encourageant. DA apporte un set de solutions financières aux projets digitaux que les 3 invests du Hainaut complètent intelligemment. DA a aussi une capacité à aider ses clients à augmenter leur traction marchés, grâce à une expertise pointue dans ce secteur que DA sous-traite parfois à LME« .

B2H. Les start-up émergent souvent des secteurs technologiques et numériques. Mais ce n’est pas exclusif. Avez-vous des exemples de success-stories qui ne sont pas de ces secteurs?

 P.T. Vous ne pouvez plus faire l’économie de l’association des secteurs d’activité les plus traditionnels avec le digital, la techno et l’innovation qui en découlent, vecteurs primordiaux de différenciation qui créent les entreprises leaders. Prenez I-Care, son CEO Fabrice BRION a certes rapidement compris qu’il devait développer des services de l’industrie 4.0 qui incluent des solutions digitales mais, à la base, il s’agit d’une société de services en maintenance prédictive qui travaille quasi exclusivement avec des industriels. Leur réussite? Etre drivés par l’innovation, anticiper les sources de solutions plus performantes pour leurs clients. Ils sont quasi sur tous les continents, emploient beaucoup de main- d’œuvre hautement qualifiée et régionale, sont en expansion incessante. Ce n’est pas une belle success-story?

 IV. La Maison de l’Entreprise

 « La Maison de l’Entreprise », LME en abrégé, est une structure née sous forme d’une S.A., en octobre 1996. Répondant à un constat de carence, dressé par la Commission européenne, les intercommunales IDEA et IDETA décident de collaborer pour concevoir un Centre d’entreprise et d’innovation, jusqu’alors inexistant. Elles unissent leurs efforts, rassemblent autour d’elles un maximum d’opérateurs et créent avec eux « La Maison de l’Entreprise ». L’actionnariat public-privé de LME comprend des intercommunales, des villes, la Province, des banques, des entreprises, des chambres de commerces, des Invests ou encore des universités. Rencontre avec son Directeur, Patrice THIRY.

LME accompagne les porteurs de projets dans la concrétisation de leurs idées: nous structurons leurs réflexions, en extrayons un modèle économique qui leur permet de créer de la valeur, les aidons à le mettre en œuvre et les aidons à trouver du financement, notamment par la mise en valeur des atouts de leur projet au travers d’un pitch réussi (une présentation succincte et convaincante pour laquelle LME propose des ateliers de 3 x 3 pour 300 €).

LME soutient aussi la croissance de jeunes entreprises innovantes en définissant leurs stratégies de développement et en les aidant à les appliquer. Nos conventions d’accompagnement, tant pour les personnes physiques que pour les start-up/entreprises en démarrage, sont conçues pour mettre à l’épreuve, en continu les composantes du Business Model du projet. L’ambition de LME est de trouver les meilleures voies de monétisation du business de l’entreprise existante ou à créer.

Bien entendu, nous hébergeons également une partie de nos clients dans nos Business Centres de Mons, Binche et La Louvière, de même que les porteurs de projet(s) dans notre espace de coworking à La Louvière, le Co-Work Factory.

B2H. Vous êtes donc bien placé pour évaluer l’avènement de start-up sur votre territoire de compétence. Constatez-vous une évolution croissante dans ce domaine?

P.T. Croissante, ne nous mentons pas! La création ne décline pas, elle est constante. Avec un pic dans le secteur digital où, cependant, le taux d’échec est en rapport avec l’accroissement du volume, c’est-à-dire en augmentation. Selon l’adage « on ne fait pas d’omelettes », ce secteur hautement concurrentiel attire beaucoup de jeunes créateurs dont les idées, parfois ingénieuses, ne créent pas suffisamment de valeur pour les segments de clients visés, d’où la disparition de projets dont a priori le produit/service semblait techniquement au point. Si l’épine que la solution développée par un néo-entrepreneur retire du pied du client visé est trop fine, le client continuera à marcher avec son épine. Pour qu’il s’engage, et donc accepte de payer, on dit dans le jargon qu’il faut soigner la douleur du client, lui apporter une valeur suffisante dans la résolution de son problème pour qu’elle mérite paiement. Beaucoup de produits mis au point sont des solutions qui restent sous le seuil du « nice to have » lorsqu’il faut être à celui du « must have » pour décrocher la Lune, à La Louvière ou ailleurs.

 B2H. L’économie circulaire est aussi un créneau sur lequel vous travaillez et qui peut intéresser les start-up?

 P.T. L’économie circulaire est l’une de nos actions prioritaires depuis deux ans. Nous tentons de détecter, dans des entreprises existantes, des cas de figure où développer un créneau d’économie circulaire solutionne un problème environnemental et offre une opportunité business. LME complète cette approche en sensibilisant les start-up à intégrer, dans leur modèle économique, des éléments de réflexion issus de la mentalité économie circulaire.

 B2H. Un partenariat dans le domaine du gaming, c’est la nouveauté pour LME?

 Oui, nous avons en effet conclu un accord de partenariat avec Fishing Cactus, la société privée montoise active dans le gaming. Par ce partenariat, l’entreprise pourra proposer, par notre entremise, un accompagnement de proximité aux futurs entrepreneurs du gaming, les co-gamers.

 Si vous êtes porteur d’un projet dans ce secteur en plein essor, que vous frappez à la porte de LME ou de Fishing Cactus, le service proposé consistera en un accompagnement « business », doublé d’une expertise technique orientée gaming. Un partenariat privé public unique en Wallonie. Peut-être même en Europe!

Par cette coopération, les avantages offerts au porteur de projet, le co-gamer, sont exhaussés: le duo d’accompagnateurs offre la palette complète de conseils. En matière de conseils, cette offre nouvelle est une aubaine pour les développeurs, codeurs, artistes, graphistes qui souhaitent créer un projet dans l’optique de sa commercialisation.

Nulle part ailleurs, une entreprise privée ne met à la disposition de possibles futurs concurrents son expertise business. Fishing Cactus ose la démarche, offre aux co-gamers de tirer profit des enseignements qu’elle a extraits de son développement historique sur dix ans de développement, de contrats, de contacts, de réseaux.

Michel BELLEFONTAINE

Article paru dans le B2Hainaut n°39 téléchargeable gratuitement >>>